Biodiversité et Économie

Contexte et enjeux

 

 

La biodiversité, c'est quoi ?

Contraction usuelle de l’expression « diversité biologique », la biodiversité est « la variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques ainsi que les complexes écologiques dont ils font partie ; ce qui inclut la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes. » Convention des Nations Unies sur la Diversité Biologique, Nations Unies, Article 2, 1992

Le monde vivant est divers à tous niveaux :

  • Diversité des individus et variabilité de leurs gènes au sein de chaque espèce (diversité génétique) ;
  • Diversité des espèces et de leurs populations qu’elles soient microbiennes, végétales ou animales (diversité spécifique) ;
  • Diversité des communautés, des écosystèmes, voire des cultures au sein du monde humain. Les humains font bien partie de ce tissu vivant qui forme la biosphère.

 

La biodiversité est marquée par une extinction massive des espèces, la 6ème, selon les experts scientifiques. Celle-ci pourrait engendrer la disparition de 75% des espèces animales dans les siècles à venir. Une menace largement relayée, notamment lorsque 15 364 scientifiques de 184 pays ont publié un manifeste dans le Monde fin 2017 pour appeler à la préservation de nos écosystèmes.

Un tissu vivant planétaire

« Il reste beaucoup à faire pour mieux connaître la biodiversité dans ses multiples dimensions » (Stratégie Nationale pour la Biodiversité 2011-2020), mais déjà les sciences de la nature nous enseignent trois choses fondamentales :

  • La vie s’est maintenue sur Terre parce que le monde vivant est, depuis son origine, capable de se diversifier, de produire des individus, des espèces, des communautés d’espèces ayant différentes capacités d’adaptation face à des conditions changeantes.
  • Au cours de la longue évolution du monde vivant sur l’ensemble de la planète, des espèces différentes se sont relayées, assurant le renouvellement des processus écologiques. Au fil du temps, des relations s’établissent entre êtres vivants, entre écosystèmes, entre la biosphère et les composants non vivants de la planète. L’énergie circule, des matières organiques diverses sont produites, décomposées et recyclées, le cycle de l’eau est régulé, l’oxygène, le carbone, l’azote et bien d’autres éléments chimiques s’échangent. Ce fonctionnement écologique, fondé sur l’interdépendance des espèces, assure une production finie de ressources indispensables à l’existence de chacune.
  • Participant au fonctionnement écologique de la planète en même temps qu’elle en dépend, l’espèce humaine s’est récemment inscrite dans cette dynamique. L’apparition de notre espèce Homo sapiens est datée d’environ 200 000 ans, ce qui est très récent au regard des premières formes de vie connues, des bactéries apparues il y a 3,5 milliards d’années et des premiers organismes multicellulaires datant de 800 millions d’années. Diversifiant ses cultures, l’espèce humaine a tissé de multiples liens, aussi bien matériels qu’immatériels, avec ses environnements qu’elle a de plus en plus rapidement modelés.
 
« La biodiversité est bien un tissu, un réseau, et non un catalogue. Et il convient de bien appréhender cette dimension écologique fonctionnelle qui caractérise le vivant et permet de comprendre sa diversité – et la raison d’être de cette diversité. » La vie, quelle entreprise ! pour une révolution écologique de l’économie, R. Barbault et J. Weber

 

Le Global Partnership for Business & Biodiversity (GPBB)

La résolution adoptée lors de la COP-10 de Nagoya de la Convention sur la diversité biologique (CDB) demande au Secrétariat Exécutif de la CDB « d’encourager la création d’initiatives entreprises et biodiversité nationales et régionales en facilitant un forum de discussion entre les Parties et les autres gouvernements, les entreprises et les autres parties prenantes, en se concentrant sur le niveau global » (Décision X/21).

Pour répondre à cette demande le Secrétariat de la CDB met en place des National Business and Biodiversity Councils et une Global Platform on Business and Biodiversity (Plateforme Mondiale sur la Biodiversité et les Entreprises, qui inclut un portail d'échange entre Business Councils et entre les acteurs économiques et leurs parties prenantes).

ORÉE, en tant que représentant du point focal français du Global Partnership for Business and Biodiversity, gère la plateforme de l’Initiative Française pour les Entreprises et la Biodiversité (www.biodiversite-entreprises.fr). Cette plateforme met en relation les différentes parties prenantes œuvrant sur les thématiques de « Business and Biodiversity » et présente les meilleures pratiques en la matière.

Plateforme entreprises biodiversité

 

La biodiversité chez ORÉE

Axe priorite biodiversite OREE

Nos Groupes de Travail & Thèses


La biodiversité vitale pour les sociétés humaines

« Alors que la perception de la biodiversité par le public est souvent limitée à quelques espèces emblématiques de faune ou de flore, il est crucial de resituer cette biodiversité sous l’angle de son omniprésence comme fondement de la vie et de ses multiples interactions avec les sociétés humaines. » Chevassus-au-Louis et al., Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes, Centre d’analyse stratégique, 2009

Organisée en écosystèmes, la biodiversité assure des processus écologiques : pollinisation, fixation de l’azote, épuration de l’eau, fixation du carbone, etc. Parce que ce fonctionnement du tissu vivant planétaire et les processus induits contribuent aux activités et au bien-être des sociétés humaines, on parle alors de services fournis par les écosystèmes ou services écosystémiques.

Les services écosystémiques

Le Millenium Ecosystem Assessment (Évaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire), une étude menée à la demande de l’ONU de 2001 à 2005 qui a mobilisé plus de 1 360 experts du monde entier, propose de classer ces services écosystémiques en 4 catégories :

  • Les services d’approvisionnement : il s’agit des biens et produits fournis par les écosystèmes tels que l’alimentation, l’eau douce, les fibres, les gènes, etc.
  • Les services de régulation : ils se réfèrent aux avantages obtenus par la régulation de processus naturels par un écosystème, comme la régulation des eaux, de la qualité de l’air, du climat, la pollinisation, etc.
  • Les services d’apport culturel : ils sont les bienfaits non matériels fournis aux populations par les services d’écosystèmes, notamment les valeurs éthiques et d’existence.
  • Les services de soutien : ceux-ci regroupent les processus sous-jacents nécessaires à la production de tous les autres services d’écosystèmes tels que la formation des sols, la photosynthèse, le cycle de l’eau, etc.

Liste complète des services tirés des écosystèmes, selon le MEA (source : ESR, WBCSD)

Schema services ecosystemiques

 

Biodiversité et Économie

« Il n’existe pas plus d’équilibre dans la nature que dans l’économie, mais de l’instabilité, de la variabilité, du changement. » Jacques Weber, 1996

La théorie économique a longtemps considéré la nature et ses ressources comme éternelles et illimitées, de par leur gratuité. Cependant, les choix et comportements socio-économiques ont une influence sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. De plus, la biodiversité et les services fournis par les écosystèmes sont absolument nécessaires à de nombreuses activités économiques et au bon fonctionnement des sociétés humaines. Ils sont donc source de valeur pour la société même si cette valeur n’est pas toujours entièrement mesurable avec nos outils et unités actuels. Ne pas prendre en compte ces externalités peut alors mettre en danger économie et société.

Lorsque l’économie se penche sur la biodiversité

Depuis plus de dix ans, diverses initiatives ont contribué à faire prendre conscience de l’importance de la biodiversité d’un point de vue économique et social, et du danger que représente sa dégradation, en particulier :

  • Le rapport Stern, publié en 2006, démontre que les avantages d’une action ferme et précoce contre le changement climatique l’emportent de loin sur les coûts économiques de l’inaction.
  • La mise en place en février 2006 d’un Groupe de Travail ORÉE et Institut Français de la Biodiversité (à l’époque dirigé par Jacques Weber, actuellement Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité) pour aider les entreprises à intégrer la biodiversité dans leurs stratégies. C’est la première fois en France que des acteurs économiques et scientifiques se réunissent autour de la question de la biodiversité et plus particulièrement de la réintégration de l’activité économique dans la dynamique des systèmes vivants.
  • La création de la Fondation pour la Recherche sur la biodiversité (FRB) en 2008 à la suite du Grenelle de l’environnement.
  • La publication en 2009 du rapport du Conseil d’Analyse Stratégique Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes, présidé par Bernard Chevassus-au-Louis, préconise d’élaborer des méthodes de calcul des coûts de maintenance et de restauration de la disponibilité des services écosystémiques.
  • L’étude internationale dirigée par Pavan Sukdev The Economics of Ecosystems and Biodiversity (TEEB), publiée en 2010 et portée par la Commission Européenne, sur les bénéfices tirés de la biodiversité et les coûts de son érosion.
  • La publication en 2011 du rapport du Conseil d’Analyse Stratégique sur les Aides publiques dommageables à la biodiversité, présidé par Guillaume Sainteny.

 

Le cadre politique

Au niveau international

Signée par 150 chefs de gouvernement lors du Sommet de de la Terre à Rio en 1992, la Convention sur la diversité biologique (CDB) reconnaît, pour la première fois, la conservation de la biodiversité comme une « préoccupation commune à l’humanité » et une partie intégrante au processus de développement, puisqu'elle concerne les populations et leur besoin de sécurité alimentaire, de médicaments, d'air et d'eau, d'abris et plus généralement d'un environnement propre et sain dans lequel vivre. Cette convention vise trois objectifs :

  • la conservation de la biodiversité ;
  • l’utilisation durable des espèces et des milieux naturels ;
  • le partage juste et équitable des bénéfices issus de l’utilisation des ressources génétiques.

 

Le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques est un traité international qui s'applique aux mouvements, d'un pays à un autre, des Organismes vivants modifiés (OVM) résultant des biotechnologies modernes. Il a été adopté le 29 janvier 2000 en tant qu'accord complémentaire de la Convention sur la diversité biologique et est entré en vigueur le 11 septembre 2003. A ce jour, il a été ratifié par 160 pays et l’Union européenne.

Depuis la 8ème Conférence des Parties (COP-8) signataires de la CDB en 2006 à Curitiba (Brésil), la nécessité d'engager le secteur privé dans l'atteinte des objectifs de la CDB est reconnu comme un enjeu prioritaire. Lors de la COP-10 à Nagoya (Japon), la Décision X/21 adoptée par les Parties signataires concerne le sujet spécifique de l'Engagement du secteur privé. Elle invite ainsi à créer des conditions qui facilitent la participation des acteurs économiques à la préservation de la biodiversité et invite directement le secteur privé à contribuer à l’application de la Convention.

Au niveau national

La Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) est la concrétisation de l'engagement français au titre de la Convention sur la diversité biologique (CDB), ratifiée par la France en 1994. La SNB constitue une déclinaison majeure de la Stratégie nationale du développement durable (SNDD). Elle en respecte et applique les principes de bonne gouvernance issus du cadre de référence des projets territoriaux de développement durable et agendas 21 locaux, de la Convention d'Aarhus, de la Charte de l'environnement et de la loi de programmation relative à la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement.

La stratégie 2011-2020, présentée le 19 mai 2011, vise à produire un engagement plus important des divers acteurs, à toutes les échelles territoriales, en métropole et en outre-mer. Elle fixe pour ambition commune de « préserver et restaurer, renforcer et valoriser la biodiversité, en assurer l'usage durable et équitable, réussir pour cela l'implication de tous et de tous les secteurs d'activité ». La stratégie se compose de 6 orientations stratégiques déclinées en 20 objectifs couvrant tous les domaines d'enjeux pour la société.