Ecologie industrielle et territoriale

Sommaire


Introduction 

Mettre en place une démarche de management environnemental doit permettre d’intégrer l’environnement dans l'aménagement et la gestion de la zone d'activités mais aussi de répondre aux besoins des entreprises en proposant une offre de services adaptée. Il s’agit également de également de favoriser la prise en compte de l'environnement dans les entreprises, par exemple via des opérations collectives (collecte mutualisée des déchets, etc.). Cette approche collective constitue par ailleurs un préalable pour des stratégies plus ambitieuses et plus transversales, à l’image des démarches d’écologie industrielle.

 

L'écologie industrielle, alternative à l'approche end of pipe (traitement en fin de processus), propose une vision systémique du système productif, en s’appuyant sur la prise en considération des effets de réseau et les complémentarités potentielles aux niveaux des filières économiques et des territoires. Ce concept est basé sur l'idée que le système industriel peut être considéré comme une forme particulière d'écosystème naturel. Les zones d'activités sont une échelle territoriale cohérente pour expérimenter la valorisation systématique des ressources : les déchets, rejets ou émissions de certaines entreprises servent de matière première secondaire ou d'énergie à d'autres. Domaine d'investigation encore jeune, l'écologie industrielle ouvre un nouveau champ scientifique et technique pluridisciplinaire, à la croisée de l'ingénierie, de l'écologie et de l’économie.

 

Ces démarches trouvent un écho de plus en plus favorable auprès des acteurs des zones d’activités. Orée anime un groupe de travail permanent sur ce sujet, basé sur l'échange des expériences et des bonnes pratiques, afin de développer des outils méthodologiques destinés aux développeurs économiques, aux aménageurs et en particulier aux gestionnaires de ces zones d’activités, mais aussi aux entreprises.  Il a donné lieu à la publication en 2002 du Guide de management environnemental des zones d’activités, ainsi qu’à la création d’une plateforme interactive : ecocartes-za.org. Depuis 2005, ce groupe de travail s’est focalisé sur la problématique suivante: " Comment passer d’une gestion collective de l'environnement à une démarche d'écologie industrielle sur les parcs d’activités ?", avec pour résultat la publication en 2008 du guide « Mettre en place une démarche d’écologie industrielle sur un parc d’activités ». Les principaux acteurs français du domaine ont été associés à ces travaux. Aujourd’hui, les thématiques abordées sont la mobilité des personnes et les Plans de déplacements interentreprises (PDIE), la problématique des services et celle de la logistique sur les ZAE, en intégrant les principes de l’écologie industrielle à ces réflexions, qui donneront également lieu à la production de supports méthodologiques.

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De la gestion environnementale des zones d’activités…


Contexte et enjeux 

 


Il existe en France entre 25 000 et 32 000 zones d'activités économiques (ZAE), soit une surface d’environ 450 000 ha. Elles sont souvent d'une qualité environnementale médiocre, notamment les plus anciennes. Du fait de la concentration d'entreprises sur un même espace, les impacts environnementaux peuvent être importants. Plus largement, les ZAE sont souvent mal gérées et peu entretenues. Or ces espaces d'accueil d'activités constituent un réel enjeu en termes d’offre territoriale : ils représentent parfois jusqu’à un tiers des ressources des communes à travers la taxe professionnelle. Ainsi les collectivités engagent désormais des actions soutenues non seulement pour la création ou l’extension de parcs d’activités, mais également dans la requalification de zones dégradées ou en friche. Ce sont des moments privilégiés pour initier une démarche collective de qualité environnementale, en allant au-delà des considérations esthétiques. Le développement économique et l'attractivité du territoire s'en trouveront renforcés, comme le montrent plusieurs expériences présentées par ailleurs.

 

En effet, une action portée sur la qualité environnementale va procurer de nombreux avantages pour les entreprises : répondre à de nouvelles exigences, mutualiser les moyens et les coûts, développer des synergies, créer une autre culture d'entreprise… De leur côté, les collectivités locales souhaitent valoriser leur territoire et préserver ses atouts, en associant les acteurs économiques à leurs démarches de développement durable. Cette intérêt réciproque ouvre la voie à une concertation entre l'ensemble des acteurs en présence, et suggère un renouvellement des pratiques de gestion de des zones d’activités.


Mettre en place une démarche de management environnemental doit donc permettre d’intégrer l’environnement dans l'aménagement et la gestion de la zone d'activités mais aussi de répondre aux besoins des entreprises en proposant une offre de services adaptée. Il s’agit également de également de favoriser la prise en compte de l'environnement dans les entreprises, par exemple via des opérations collectives (collecte mutualisée des déchets, etc.). Cette approche collective constitue par ailleurs un préalable pour des stratégies plus ambitieuses et plus transversales, à l’image des démarches d'écologie industrielle.

...à l'écologie industrielle


Qu’est-ce que l’écologie industrielle ?

 

Voir le poster de présentation 

 

Les procédés se développent pour réduire l’exploitation des ressources naturelles et la production de déchets, les rejets d’effluents (éco-conception), ou améliorer leur traitement (éco-industries), mais une partie de la solution réside également dans la recherche de synergies organisationnelles entre les acteurs économiques, à l’image des expériences d’écologie industrielle. Fondée sur une approche systémique, l’écologie industrielle s’inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels pour recréer, à l’échelle du système industriel, une organisation caractérisée par une gestion optimale des ressources et un fort taux de recyclage de la matière et de l’énergie.

 

Par rapport aux nombreuses approches de la gestion de l’environnement, l'écologie industrielle présente trois spécificités :

  • Le recours à un cadre conceptuel faisant référence à l'écologie scientifique
  • Une stratégie opérationnelle, économiquement réaliste et socialement responsable
  • Une approche coopérative : l'écologie industrielle nécessite la coopération de nombreux agents économiques qui d'habitude s'ignorent ou sont en compétition.

Le cadre conceptuel

Le système industriel et la biosphère sont habituellement considérés comme séparés: d'un côté, les usines, les villes; de l'autre, la nature, «l'environnement». L'écologie industrielle explore l'hypothèse inverse: le système industriel peut être considéré comme une forme particulière d'écosystème. Après tout, les processus de fabrication et de consommation des biens et des services consistent en des flux de matière, d'énergie et d'information, tout comme dans les écosystèmes naturels.

 

A l'image du fonctionnement des chaînes alimentaires dans le milieu naturel, les déchets et co-produits d'une activité peuvent devenir une ressource pour une autre activité. Les entreprises peuvent réutiliser entre elles, ou avec les collectivités, voire les particuliers, leurs résidus de production (vapeur, co-produit, gaz d'échappement, effluents, déchets...) et optimiser ainsi leurs process. Les déchets et co-produits sont amenés à changer d'image et de statut puisqu'ils représenteront à terme une part importante des matières premières utilisées par les process industriels. De ce fait, ils constitueront une manne commerciale significative, compte tenu de surcroît de la progression des prix des matières premières à long terme. La mutualisation des besoins entre les acteurs économiques est également un moyen d'envisager la rationalisation des circuits économiques, et in fine la réduction de la consommation des ressources, des déchets et des pollutions.

 

Une stratégie opérationnelle

 

Les entreprises ont aujourd’hui clairement intérêt à optimiser la gestion de leurs flux de production. Pour les acteurs publics, une idée-force est de tendre vers des circuits économiques courts, en cherchant à réaliser un bouclage des flux de matières et d’énergie à l’échelle d’un territoire, d’une filière, d’une zone urbaine, d’une zone d’activités… Autant de sous-systèmes industriels dont l’analyse des flux entrants et sortants va permettre de mettre en évidence les synergies potentielles mais également de révéler des opportunités de développement.

 

Une approche coopérative

 

Concrètement, la mise en œuvre de synergies éco-industrielles peut concerner :

  • La valorisation / l’échange de flux industriels (eaux industrielles, déchets et coproduits, etc.)
  • La mutualisation de services aux entreprises (gestion collective des déchets, collecte et réutilisation des eaux pluviales, transport, etc.)
  • Le partage d’équipements (chaudière, production de vapeur, unité de traitement des effluents, etc.) ou de ressources (emplois en temps partagés, etc.)
  • La création de nouvelles activités (activités d’interface nécessaires à la valorisation des sous-produits,développement de produits ou services à partir d’une nouvelle ressource identifiée, etc.)

Les zones d’activités, un terrain d’application privilégié

 Les démarches d’écologie industrielle trouvent en particulier leur pertinence à l’échelle des parcs d’activités, au sein desquels la proximité des acteurs économiques favorise la réalisation de telles synergies. De plus, les acteurs publics, gestionnaires de ces espaces, cherchent à les rendre plus attractifs. L’écologie industrielle se présente de ce point de vue comme une véritable stratégie de développement territorial durable. Néanmoins, malgré de nombreuses réalisations dans le monde, à l’image de certains parcs éco-industriels en Asie, en Océanie, en Amérique du Nord ou en Europe, l’écologie industrielle demeure un domaine « émergent ». En France, les pouvoirs publics tardent à engager de véritables politiques volontaristes.

 

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Les stratégies d’éco-restructuration


Compte-tenu du caractère limité des ressources naturelles, la société doit selon les principes de l’écologie industrielle tendre vers un fonctionnement quasi-cyclique, caractérisé par des besoins et des rejets limités, à l’image des écosystèmes matures. Pour tendre vers ce modèle, il est nécessaire de réorganiser le système productif, notamment à travers quatre grandes stratégies d’actions, développées par Suren Erkman dans son ouvrage de référence Vers une écologie industrielle (1998) :

  •   Valoriser systématiquement les déchets :
  1. A l'image des chaînes alimentaires dans les écosystèmes naturels, il faut créer des réseaux d'utilisation des ressources et des déchets dans les écosystèmes industriels, de sorte que tout résidu devienne une ressource pour une autre entreprise ou un autre agent économique (par exemple par le biais de parcs éco-industriels).
    • Minimiser les pertes par dissipation :
    Aujourd'hui, dans les pays industrialisés, l'utilisation et la consommation des produits sont des processus qui polluent souvent plus que la fabrication. Les engrais, les pesticides, les pneus, les vernis, les peintures, les solvants, etc., sont autant de produits totalement ou partiellement dissipés dans l'environnement lors de leur usage normal. Il s'agit de concevoir de nouveaux produits et de nouveaux services minimisant ou rendant inoffensive cette dissipation.
    • Dématérialiser l'économie :
    Il s'agit de minimiser les flux totaux de matière (et d'énergie) tout en assurant des services au moins équivalents. Le progrès technique permet d'obtenir plus de services avec une quantité moindre de matière, notamment en fabricant des objets plus légers. Plus généralement, l'une des meilleures manières de dématérialiser l'économie consiste à optimiser l'utilisation, autrement dit à vendre l'usage au lieu de l'objet (il s'agit de l'économie de fonctionnalité), par exemple, un fabricant de photocopieurs qui vend le service «photocopies» au lieu de la machine, a ainsi tout intérêt à ce que son photocopieur, dont il reste propriétaire, nécessite le moins de matière possible, ait une durée de vie fonctionnelle la plus longue possible, soit aisément recyclable, etc.
    • Décarboniser l'énergie :
    Depuis les débuts de la Révolution industrielle, le carbone sous forme d'hydrocarbures d'origine fossile (charbon, pétrole, gaz) représente l'élément principal, la substance vitale irriguant toutes les économies qui se développent sur le mode occidental. Or ce carbone fossile se trouve à la source de nombreux problèmes: intensification de l'effet de serre, smog, marées noires, pluies acides. Il faut donc rendre la consommation d'hydrocarbures moins dommageable (par exemple en récupérant le gaz carbonique issu de la combustion) et favoriser la transition vers une diète énergétique moins riche en carbone fossile (énergies renouvelables, économies d'énergie).


Contacts

Dimitri Coulon, responsable des actions et du développement

 

Paul Schalchli, chargé de projet Ecologie industrielle