Journée biodiversité et entreprises

 

FRB
 
Journée FRB/Orée, Biodiversité : les entreprises et les scientifiques dialoguent

 

La journée biodiversité et entreprises s’est tenue mardi 18 novembre au Muséum d’Histoire Naturelle

 

Elle se situe dans le cadre de la Réunion semestrielle de l'EPBRS (Plateforme européenne pour une stratégie de recherche en biodiversité), événement de la présidence française de l'Union européenne et est organisée par la FRB.

 

Soutenue par le MNHN, Natureparif, France Nature Environnement, Diversitas et Veolia environnement, le colloque, animé par Denis Cheissoux,  journaliste à France inter, a eu un très grand succès et a fait salle comble. De nombreux adhérents de Orée étaient présents au côté des scientifiques.

Au cours de cette journée qualifiée « d’historique », acteurs économiques et scientifiques ont échangé pour établir un vrai dialogue, sur une question complexe, qui est celui de l’intégration des activités économiques dans les limites de notre biosphère. Nous bénéficions depuis toujours des dons de la nature et compte tenu de la rareté croissante des ressources et de la dégradation des écosystèmes il est vital pour l’humanité de gérer le capital naturel de manière pérenne. Comment démontrer aux acteurs économiques que la biodiversité peut être source d’accroissements des profits et que l’on peut faire du profit une source de reconquête de la biodiversité ? Cette démarche passe par la co-construction d’indicateurs, macro et microéconomique aujourd’hui très théoriques, et nécessitant des pratiques de terrain.

Gilles Kleitz, conseiller technique au MEEDDAT a ouvert la séance en affirmant le soutien du Ministre Jean-Louis Borloo et de la secrétaire d'Etat Nathalie Kosciusko-Morizet dans cette démarche, précisant qu'il faut oser ouvrir certaines « boîtes noires » de l'économie pour construire une activité qui tire profit du maintien des écosystèmes.

Jürgen TACK, président de l’EPBRS, a fait le constat, depuis la conférence « Science et gouvernance » en janvier 2005 à l’UNESCO, de l'aggravation des menaces sur la biodiversité sans appropriation de la problématique par les entreprises. Les membres du comité de pilotage pensaient qu'il était impossible de trouver des experts de qualité sur le sujet, mais depuis les choses ont beaucoup changé.

Bernard Delay, président de la FRB a rappelé le rôle de la Fondation de Recherche sur la Biodiversité et sa volonté de renforcer les liens collaboratifs avec la CDB afin de confirmer et valoriser les engagements de ses prédécesseurs envers l'IMoSEB ainsi que les partenariats avec Orée et Natureparif en particulier.

Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la CDB a évoqué la crise financière qu’il a rapprochée de celle de la diversité biologique et du nécessaire changement de paradigme dans la relation de l'homme à son environnement, en rappelant les travaux récents de Pavan Sukdhev et de Nicholas Stern sur le coût de l’inaction.

Jean Pierre Reveret, professeur au département de « Stratégie, Responsabilité sociale et environnementale » de l’Université du Québec a ouvert la première table ronde par une conférence sur l’état des connaissances, l’évaluation de l’impact. Ce dernier a rappelé que les entreprises sont au coeur de la problématique; une transformation par une approche d'interaction entre monde d'affaires et du vivant est indispensable autant que le besoin de comprendre la logique des autres ; 
La notion de « valeur de la biodiversité » relance le débat sur celle du « temps » et devra déboucher sur une redéfinition des taux d'actualisation. La biodiversité doit perdre son statut d'externalité; une formation des acteurs et des décisionnaires semblent incontournable pour relever le défi que ces questions soulèvent. 2010 sera une année charnière, symbolique, tous les acteurs doivent être mobilisés pour un « new deal économique ».

Michel Trommetter, directeur de recherche à l’INRA a évoqué dans sa conférence introductive à la deuxième table ronde, les nouveaux signaux vis-à-vis des entreprises : le coût de l'inaction/coût de substitution/coût de délocalisation . L'approche économique doit être modifiée de manière à ne pas entrainer une décroissance de l'activité tout en préservant l’environnement. Il a présenté les travaux du groupe de travail Orée « intégrer la biodiversité dans les stratégies des entreprises » et insisté sur la nécessité de construire un langage commun pour avoir une meilleure approche :

Joshua Bishop, senor adviser, Economics and the Environment, UICN, a fait un état des méthodes économiques et des projets en cours en matière de réparation et de compensation ; il a rappelé les différentes  étapes de l’initiative européenne de « business and biodiversity » et a appelé à une réconciliation du milieu des affaires et celui de la protection de la nature.

Luc Abbadie, professeur à l’Ecole Normale et à l’Université Paris 6, directeur du laboratoire de Biogéochimie et écologie des milieux continentaux a introduit la table ronde de l’après midi consacrée à l’ingénierie écologique et les entreprises. Ce positionnement intellectuel, qui « manipule » le vivant dans un système d’intégration supérieur, permet, en étant économe de matériaux et en énergie de réduire considérablement les impacts et de recréer des systèmes écologiques.

Rappelons que sous la conduite de Denis Cheissoux de France- Inter, quatre tables rondes se sont succédées :

  • Biodiversité & Entreprises: état des lieux
  • Biodiversité & Stratégies d'entreprises : un défi
  • Biodiversité & Compensation : les enjeux juridiques et économiques
  • Biodiversité & Compensation : les enjeux écologiques

Ghislaine Hierso, présidente de Orée, est intervenue lors du cocktail pour rappeler l’importance des travaux menés par Orée/IFB/FRB et remercier les organisateurs et les partenaires de l’évènement.

La journée a brillamment été conclue par Bernard Chevassus-au-Louis, directeur de recherche de l’INRA. Ce dernier est revenu sur le principe de précaution qui peut être, un moteur de l’innovation et de croissance, comme la sécurité l’a été dans certains secteurs industriels.

Cette journée qui a mobilisé, scientifiques,  entreprises, collectivités, associations n’est pas sans rappeler il y a quelques années, le rassemblement des compétences précédant la mise en place d’une communauté d’experts, le GIEC, autour du changement climatique.

Les actes de cette journée seront bientôt disponibles.

En savoir plus : Nadia Loury