Enjeux et présentation

L’écologie industrielle : une stratégie de développement, d’après l’exposé de Suren Erkman.

Présentation du concept

Le système industriel et la biosphère sont habituellement considérés comme séparés: d'un côté, les usines, les villes; de l'autre, la nature, «l'environnement». L'écologie industrielle explore l'hypothèse inverse: le système industriel peut être considéré comme une forme particulière d'écosystème. Après tout, les processus de fabrication et de consommation des biens et des services consistent en des flux de matière, d'énergie et d'information, tout comme dans les écosystèmes naturels.

Par rapport aux nombreuses approches des questions d'environnement, l'écologie industrielle présente trois spécificités : 
- Le recours à un cadre conceptuel très large et rigoureux (l'écologie scientifique) ; 
- Une volonté de stratégie opérationnelle, économiquement réaliste et socialement responsable (principes d’éco-restructuration de la société industrielle) ; 
- Une approche coopérative : alors que tous les outils actuels de développement durable (éco-efficacité,…) visent à accroître la viabilité et la compétitivité des entreprises individuelles, l'écologie industrielle propose une approche systémique et collective, nécessitant la coopération de nombreux agents économiques qui d'habitude s'ignorent ou sont en compétition.

Les stratégies d’éco-restructuration

En prenant compte le caractère limité des ressources naturelles, l’écologie industrielle outil de développement durable, propose de faire évoluer notre société industrielle actuelle et traditionnelle vers un certain niveau de maturité. A l’image des écosystèmes naturels, cette société mature fonctionne de manière quasi-cyclique, engendrant des besoins et rejets limités. Pour tendre vers ce modèle il est nécessaire d’éco-restructurer notre société.

1) Valoriser systématiquement les déchets :
A l'image des chaînes alimentaires dans les écosystèmes naturels, il faut créer des réseaux d'utilisation des ressources et des déchets dans les écosystèmes industriels, de sorte que tout résidu devienne une ressource pour une autre entreprise ou un autre agent économique (par exemple par le biais de parcs éco-industriels).

2) Minimiser les pertes par dissipation :
Aujourd'hui, dans les pays industrialisés, l'utilisation et la consommation des produits sont des processus qui polluent souvent plus que la fabrication. Les engrais, les pesticides, les pneus, les vernis, les peintures, les solvants, etc., sont autant de produits totalement ou partiellement dissipés dans l'environnement lors de leur usage normal. Il s'agit de concevoir de nouveaux produits et de nouveaux services minimisant ou rendant inoffensive cette dissipation.

3) Dématérialiser l'économie :
Il s'agit de minimiser les flux totaux de matière (et d'énergie) tout en assurant des services au moins équivalents. Le progrès technique permet d'obtenir plus de services avec une quantité moindre de matière, notamment en fabricant des objets plus légers. Plus généralement, l'une des meilleures manières de dématérialiser l'économie consiste à optimiser l'utilisation, autrement dit à vendre l'usage au lieu de l'objet (il s'agit de l'économie de fonctionnalité), par exemple, un fabricant de photocopieurs qui vend le service «photocopies» au lieu de la machine, a ainsi tout intérêt à ce que son photocopieur, dont il reste propriétaire, nécessite le moins de matière possible, ait une durée de vie fonctionnelle la plus longue possible, soit aisément recyclable, etc..

4) Décarboniser l'énergie :
Depuis les débuts de la Révolution industrielle, le carbone sous forme d'hydrocarbures d'origine fossile (charbon, pétrole, gaz) représente l'élément principal, la substance vitale irriguant toutes les économies qui se développent sur le mode occidental. Or ce carbone fossile se trouve à la source de nombreux problèmes: intensification de l'effet de serre, smog, marées noires, pluies acides. Il faut donc rendre la consommation d'hydrocarbures moins dommageable (par exemple en récupérant le gaz carbonique issu de la combustion) et favoriser la transition vers une diète énergétique moins riche en carbone fossile (énergies renouvelables, économies d'énergie).

Les nombreuses activités, souvent inédites (puisque l'on établit de nouvelles relations entre agents socio-économiques) que supposent ces quatre grands axes d'action représentent autant d'opportunités pour développer (ou re-développer) l'économie, notamment au plan local et régional.
Opérationnellement l’écologie industrielle s’illustre principalement dans le bouclage des flux de matière et d’énergie qui s’opère grâce aux synergies éco-industrielles de substitution et de mutualisation.

Les synergies éco-industrielles

On distingue deux grands types de synergies matière, énergie, services...

Les synergies de substitution :
A l'image du fonctionnement des chaînes alimentaires dans le milieu naturel, les déchets et co-produits d'une activité peuvent devenir une ressource pour une autre activité. Les entreprises peuvent réutiliser entre elles, ou avec les collectivités, les activités agricoles, voire les particuliers, leurs résidus de production (vapeur, co-produit, gaz d'échappement, effluents, déchets...) et optimiser ainsi leurs process.
Les déchets et co-produits sont amenés à changer d'image et de statut puisqu'ils représenteront à terme une part importante des matière premières utilisées par les process indutriels. De ce fait, ils constitueront une manne commerciale significative, et de surcroît grâce au contexte de la flambée des prix des matières premières.

Les synergies de mutualisation :
La mutualisation des besoins entre les acteurs économiques est également un moyen d'envisager la rationalisation, et in fine la réduction de la consommation des ressources et des rejets de déchets et d'effluents polluants. Les stratégies de mutualisation peuvent concerner :

- L'approvisionnement en commun de matières premières, de produits finis et semi-finis (logistique, achats groupés,...)
- La mutualisation de services (collecte et traitement collectifs des déchets, collecte et réutilisation des eaux pluviales, transports collectifs, logistique,...)
- Le partage d'équipements (chaudière, production de vapeur, unité de traitement des effluents,...) ou de ressources (emplois en temps partagés,...)

Pour en savoir plus :

Schéma récapitulatif des synergies