Contexte et enjeux

« Alors que la perception de la biodiversité par le public est souvent limitée à quelques espèces emblématiques de faune ou de flore, il est crucial de resituer cette biodiversité sous l’angle de son omniprésence comme fondement de la vie et de ses multiples interactions avec les sociétés humaines » (Chevassus-au-Louis et al., Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes ,
Centre d’analyse stratégique, 2009).

 

« Il n'existe pas plus d'équilibre dans la nature que dans l'économie, mais de l'instabilité, de la variabilité, du changement » (Jacques Weber, 1996).

La théorie économique a longtemps considéré la nature et ses ressources comme éternelles et illimitées, puisque gratuites! Cependant les choix et comportements socio-économiques ont une influence sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. De plus, la biodiversité et les services rendus par les écosystèmes sont absolument nécessaires à de nombreuses activités économiques et au bon fonctionnement des sociétés humaines. Ils sont donc source de valeur pour la société même si cette valeur n’est pas toujours entièrement mesurable avec nos outils et unités actuels. Ne pas prendre en compte ces externalités peut alors mettre en danger économie et société.

 

Depuis 2005, diverses initiatives ont contribué à faire prendre conscience de l’importance de la biodiversité d’un point de vue économique et social et du danger que représente sa dégradation, en particulier :
- l'Evaluation des écosystèmes pour le millénaire (EM, en anglais MEA), menée à la demande de l’ONU de 2001 à 2005, qui a mobilisé plus de 1360 experts du monde entier,
- le rapport Stern, publié en 2006, qui démontre que les avantages d'une action ferme et précoce contre le changement climatique l’emportent de loin sur les coûts économiques de l’inaction,
- le création la Fondation pour la Recherche sur la biodiversité (FRB),
- la publication en 2009 du rapport du Conseil d’Analyse Stratégique: Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes, présidé par Bernard Chevassus-au-Louis, qui préconise d'élaborer des méthodes de calcul des coûts de maintenance et de restauration de la disponibilité des services écosystémiques,
- les travaux actuellement dirigés par Pavan Sukhdev, The Economics of Ecosystems and Biodiversity (TEEB), une étude internationale de première ampleur sur les bénéfices tirés de la biodiversité et les coûts de son érosion.

Conscients de l'urgence, Orée et l'Institut français de la biodiversité* ont initié en février 2006 un groupe de travail pour aider les entreprises à intégrer la biodiversité dans leurs stratégies. C'est la première fois en France que des entreprises, le milieu scientifique et des associations se réunissaient dans un groupe de travail autour de la question de la biodiversité et plus particulièrement de la réintégration de l'activité économique dans la dynamique des systèmes vivants.

 

Le défi, largement amorcé mais encore incomplet à ce stade, est de développer une démarche de Bilan Biodiversité des Organisations, qui serait le pendant biodiversité du «Bilan Carbone». Cette démarche devra permettre de mobiliser les entreprises et de créer de nouveaux outils leur permettant de :
- caractériser et gérer les interactions avec la biodiversité et les services tirés du fonctionnement des écosystèmes,
- rendre compte de ces dépendances et impacts vis-à-vis d'une diversité de parties prenantes.

 

 

*L'Institut français de la biodiversité (IFB) a été fusionné avec le Bureau des ressources génétiques (BRG) en 2008 pour constituer la Fondation de la recherche pour la biodiversité (FRB)