Contexte et enjeux

 

 

La biodiversité, qu’est-ce que c’est ?

« Biodiversité » est la contraction de l’expression « diversité biologique ». La Convention des Nations Unies sur la Diversité Biologique (CDB) définit la biodiversité comme  « La variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques ainsi que les complexes écologiques dont ils font partie ; ce qui inclut la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes. » (Convention sur la Diversité Biologique, 1992. Nations Unies. Article 2)

 

Le monde vivant est divers à tout niveaux : diversité des individus et de leurs gènes (diversité génétique) au sein de chaque espèce, diversité des espèces (diversité spécifique) qu’elles soient microbiennes, végétales ou animales, diversité des écosystèmes*, voire diversité culturelle au sein du monde humain. Les humains font bien partie de ce tissu vivant qui forme la biosphère.

 

Comme le souligne le texte de présentation de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité 2011-2020, « il reste beaucoup à faire pour mieux connaître la biodiversité dans ses multiples dimensions. Mais déjà les sciences de la nature nous apprennent trois choses fondamentales :

 

  • la vie s’est maintenue sur Terre parce que le monde vivant est, depuis son origine, capable de se diversifier, de produire des individus, des espèces, des communautés d’espèces ayant différentes capacités d’adaptation face à des conditions changeantes ;
  • au cours de la longue évolution du monde vivant sur l’ensemble de la planète, des espèces différentes se sont relayées, assurant le renouvellement des processus écologiques. Au fil du temps, des relations s’établissent entre êtres vivants, entre écosystèmes, entre la biosphère et les composants non vivants de la planète. L’énergie circule, des matières organiques diverses sont produites, décomposées et recyclées, l’oxygène, le carbone, l’azote et bien d’autres éléments chimiques s’échangent, le cycle de l’eau est régulé. Ce fonctionnement écologique, fondé sur l’interdépendance des espèces, assure une production finie de ressources indispensables à l’existence de chacune ;
  • l’espèce humaine s’est inscrite tout récemment dans cette dynamique, participant au fonctionnement écologique de la planète en même temps qu’elle en dépend, comme toutes les autres espèces. [L’apparition de notre espèce Homo sapiens est datée d’environ 200 000 ans, ce qui est très récent au regard des premières formes de vie connues,  des bactéries apparues il y a 3,5 milliards d’années, et des premiers organismes multicellulaires, il y a environ 800 millions d’années. Diversifiant ses cultures, elle a tissé de multiples liens, aussi bien matériels qu’immatériels, avec ses environnements, qu’elle a de plus en plus rapidement modelés. »

 

"La biodiversité est bien un tissu, un réseau, et non un catalogue. Et il convient de bien appréhender cette dimension écologique fonctionnelle qui caractérise le vivant et permet de comprendre sa diversité – et la raison d’être de cette diversité." (La vie, quelle entreprise ! pour une révolution écologique de l’économie ; Robert Barbault et Jacques Weber.)



Pourquoi la biodiversité est vitale pour les sociétés humaines ?

« Alors que la perception de la biodiversité par le public est souvent limitée à quelques espèces emblématiques de faune ou de flore, il est crucial de resituer cette biodiversité sous l’angle de son omniprésence comme fondement de la vie et de ses multiples interactions avec les sociétés humaines » (Chevassus-au-Louis et al., Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes , Centre d’analyse stratégique, 2009).

 

Les sociétés humaines tirent de la biodiversité et du fonctionnement des écosystèmes de nombreux « services ». Le Millenium Ecosystem Assessment (en français « l’Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire »), une étude menée à la demande de l’ONU de 2001 à 2005 qui a mobilisé plus de 1360 experts du monde entier, propose de classer ces services écosystémiques en 4 catégories :

  • Les services d’approvisionnement, c'est-à-dire les biens et produits fournis par les écosystèmes : ex : alimentations, eau douce, fibres, gènes, etc.
  • Les services de régulation, c'est-à-dire les avantages fournis par la régulation de processus naturels par un écosystème: ex : régulation des eaux, de la qualité de l’air, du climat, pollinisation, etc.
  • Les services d’apport culturel, c'est-à-dire, les avantages non matériels fournis aux populations par les services d’écosystèmes: ex : valeurs éthiques et d’existence.
  • Les services de soutien, c'est-à-dire les processus sous-jacents nécessaires à la production de tous les autres services d’écosystèmes : ex : formation des sols, photosynthèse, cycle de l’eau, etc.

Téléchargez la liste complète des services tirés des écosystèmes, selon le MEA (source : ESR, WBCSD)

 

Biodiversité et économie

« Il n'existe pas plus d'équilibre dans la nature que dans l'économie, mais de l'instabilité, de la variabilité, du changement » (Jacques Weber, 1996).
Depuis 2005, diverses initiatives ont contribué à faire prendre conscience de l’importance de la biodiversité d’un point de vue économique et social et du danger que représente sa dégradation, en particulier :
  • le rapport Stern, publié en 2006, qui démontre que les avantages d'une action ferme et précoce contre le changement climatique l’emportent de loin sur les coûts économiques de l’inaction,
  • la création de la Fondation pour la Recherche sur la biodiversité (FRB), en 2008, à la suite du Grenelle de l’environnement,

 


La théorie économique a longtemps considéré la nature et ses ressources comme éternelles et illimitées, puisque gratuites! Cependant les choix et comportements socio-économiques ont une influence sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. De plus, la biodiversité et les services rendus par les écosystèmes sont absolument nécessaires à de nombreuses activités économiques et au bon fonctionnement des sociétés humaines. Ils sont donc source de valeur pour la société même si cette valeur n’est pas toujours entièrement mesurable avec nos outils et unités actuels. Ne pas prendre en compte ces externalités peut alors mettre en danger économie et société.

 

Conscients de l'urgence, ORÉE et l'Institut français de la biodiversité (IFB) - à l'époque dirigé par Jacques Weber, actuellement Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité - ont initié en février 2006 un Groupe de travail pour aider les entreprises à intégrer la biodiversité dans leurs stratégies. C'est la première fois en France que des entreprises, le milieu scientifique et des associations se réunissaient dans un groupe de travail autour de la question de la biodiversité et plus particulièrement de la réintégration de l'activité économique dans la dynamique des systèmes vivants.